Bien des fois j'ai entendu cette expression "tourner la page" sans jamais m'interroger sur sa signification profonde. Aujourd’hui je le fais, non pas parce que je m’intéresse vraiment à son sens étymologique mais dans le but de remettre en question la manière dont nous l’abordons.

 Le dictionnaire en ligne L'internaute définit cette expression comme le fait de Prendre la décision de laisser quelque chose derrière soi pour passer à une chose nouvelle. Comme traduction anglaise il dit "to start a new chapter". Ce qui fait quiproquo dans cet article c’est les trois premiers mots de cette définition : PRENDRE LA DÉCISION.

Jusqu'ici, les "pages" que j'ai eu à tourner dans ma petite expérience de vie ont été le résultat d'un processus inconscient et naturel. C’est dire qu'à chaque fois qu'il fallait passer à autre chose, ceci s'est fait sans que je ne prenne nécessairement la décision de le faire. Jamais je ne me suis dit "allez ! Laisse ci ou ça derrière toi, il est temps de passer à autre chose". Cela voudrait-il dire que je vis dans mon passé ou avec les choses qui devraient appartenir à mon passé ? Bien-sûr que non. Cela voudrait-il dire que je n'ai jamais eu à tourner la page de toute mon existence ? Bien-sûr que non. Juste que cela s'est passé sans que j'en ai conscience.

Les personnes autour de moi abordent très souvent cette notion de "tourner la page" avec autant de conscience que je me demande si ça en vaut la peine. Je me demande si ces dernières en le faisant se posent souvent les questions à savoir : et si ce n'était pas le bon moment pour tourner la page ? Et si tout en bas de la page il y avait une belle surprise ? Qu’est ce qui est meilleur en fait : Se concentrer, faire une introspection, identifier ce qui ne va pas et enfin prendre la décision de tourner la page ? Ou alors vivre, tirer le meilleur de chaque instant sans toutefois s'accrocher à quelque chose de particulier et laisser la nature juger de ce qu'il faut laisser à nos côtés et de l'endroit où nous mener...?

Je pense en effet que le problème ne se situe pas au niveau de prendre la décision en elle-même, mais plutôt au niveau où les mauvais choix sont plus faciles et plus prompts à faire que les meilleurs. Je développe : il est plus facile pour l'être humain en général de s'attacher à une chose juste parce que cette dernière a pris une forme "positive". Pourtant si l'on adopte une vision selon laquelle chaque chose dans son essence a un double caractère positif et négatif, si on se dit en permanence que le bien existe parce que le mal existe aussi, au lieu de s'attacher à une chose aussitôt qu'elle nous présente son côté favorable, nous serions plutôt sceptique à chaque fois. Par contre, je ne soutiens pas l'idée de mener une existence tout au long de laquelle on remet en doute tout ce qui nous arrive de bien. Mais je dis : en s'accrochant à une chose parce qu’elle nous présente son aspect favorable, gardons à l'esprit que cette même chose pourrait AUSSI avoir un aspect négatif qu'il faudra être capable d'identifier lorsqu'il pointera à l'horizon.

Ainsi, l'on se rendra compte que la vie n'est qu'une succession d'évènements cohérents et que chaque page constitue la suite de l'histoire évoquée à la première page. Par conséquent, les pages, nous ne les tournons pas par notre bon vouloir (à travers une prise de décision), mais elles se tournent de façon naturelle qui pour moi, est la meilleure des façons. je m'en vais conclure avec cette citation de Gustave Flaubert : "l'avenir nous tourmente le passé nous retient, c'est pour ça que le présent nous échappe". Comme quoi apprenons à apprécier l'instant présent : s'il répond favorablement à nos attentes, jouissons-en; sinon, tirons-en des leçons. Dans tous les cas, ne laissons pas le présent nous échapper et laissons les pages se tourner d'elles-mêmes, selon le bon vouloir de la nature.

 

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